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lundi 29 août 2011

Faire une vie

Elle aurait voulu faire sa vie avec toi.

Elle a cru qu'elle y était arrivée, à passer à autre chose, à en faire son deuil, avec le temps qui a passé et les nouvelles expériences, les nouveaux corps qui lui ont inévitablement fait oublié le tien, petit à petit.

Des détails de toi sont partis de ses souvenirs sans qu'elle le veuille vraiment, parce que c'est comme ça la vie. On s'adapte à tout même si on aurait cru que jamais se serait possible. Et on oublie ces petits détails qui faisaient de toi une personne spéciale. Pour ne pas se sentir coupable d'oublier, on se raccroche à se rappeler les bons plus que les mauvais souvenirs et on se réinvente ce passé à notre façon. On le bâtit tout aussi majestueux que l'on croyait le vivre dans l'ancien moment présent. 

Mais maintenant, pourquoi maintenant tout la rattrape ?

Elle le voit bien, comment elle est aujourd'hui, dans son cœur et dans ses pensées. Elle est morne. Elle est tel que tous les romans et films le prédisent mais dont elle ne voulait croire ni écouter. La naïveté de la jeunesse s'effrite et fait place à l'adulte rationnel et en cas d'accumulation de mauvaises expériences, elle fait place à l'adulte blasé. Elle voulait tant croire elle et ses idées romanesques, qu'elle serait toujours emballée par l'amour, qu'elle s'épanouirait avec la vie et l'âge.

Mais l'amour, elle ne le comprend plus. Comment être en symbiose avec toi amour, alors qu'elle n'arrive plus à te saisir, alors qu'elle n'arrive plus à te croire ?

Elle pourrait nommer le moment exact où sa naïveté est partie, où elle s'est dit, non, ceci est la peine de trop.  Mon cœur ne sera plus jamais le même. Ce n'étais même pas toi, car pendant toi, elle avait encore son espoir face à l'amour, elle était jeune d'expérience et d'âge. Encore jeune en âge, mais moins en expérience, un des corps après le tien l'a chamboulé, trop rapidement, car elle croyait encore, et badibadang, cette déception injustifiée était celle de trop. Froide, dure et trop adulte pour elle.

Depuis elle erre et les autres souffrent plus qu'elle maintenant, elle n'est plus celle qui traine derrière l'autre.

Quand sa vie va mal, elle pense à toi. Tu es sa bouée. 

Quelle ironie car sa vie était bien mal en point quand tu étais dedans. Ce passé il ne l'était pas majestueux c'est son imagination qui s'emballe. Ces souvenirs sont bafoués par ses anciens désirs, ses anciennes blessures confondent la réalité de ses souvenirs. Mais ce qui est intouchable, c'est qu'elle avait encore sa naïveté à laquelle s'accrocher quand tu étais dans sa vie oui. Elle avait son cœur d'adolescente emballée, dépassée et émerveillée qui existait dans toute sa beauté.

Quelle ironie car maintenant elle comprends tout. Les rôles sont inversés et elle comprend ta place. Elle est le bourreau et il est la victime. Elle a le gros bout du bâton pour une fois. Mais elle le déteste ce bout de bâton, car jamais il n'est agréable. Et malgré sa laideur, elle aurait voulu que tu l'as vois enfin le posséder ce bout de bâton. Elle aurait voulu que tu vois ce dont elle est capable quand elle se sens en contrôle. Mais elle sait qu'un couple ne devrait pas avoir accès à un gros bout de bâton, mais ce n'est jamais ainsi

Sur cette planète, existe-il une relation de bouts de bâtons égaux pour éviter toute cette folie et nom de Dieu, peut-elle y avoir accès, elle et sa personnalité de maniaque ?

Tu es sa bouée car tu n'existes pas.

Elle t'a modelé en cet homme idéal qui n'a jamais été et ne sera jamais. Car elle t'aimait tant. Toi et des parcelles d'autres corps auraient formés un magnifique tout.

Peut-elle l'atteindre ce haut bonheur qu'elle désire sans cette jeunesse naïve, sans cette bouée imaginaire qui plane une ombre sur sa vie ?

Peut-être qu'elle t'a déjà rencontrer monsieur le Tout mais qu'elle se le cache, ou peut-être qu'elle essaie de te faire naître dans un corps où tu n'y es pas. Peut-être qu'elle sais que tu existes dans un corps encore inconnu mais que cette nouvelle passivité fait qu'elle ne part pas à ta recherche. Ou peut-être n'es tu pas si inconnu mais plutôt trop loin pour qu'elle ose. Sa façon de ne pas écouter l'évidence est plus forte car elle est plus confortable, moins dérangeante. Et pour être moins dérangée elle te désire sans vain dans ce corps mis de côté volontairement même si tu n'y es pas, n'y sera jamais ou même si tu y es peut-être. Car il est fort possible qu'elle est en train de passer à côté de toi en t'ayant déjà, mais elle ne cherche pas à le savoir. Elle se le refuse car elle préfère continuer de rêver à sa bouée avec douleur et souffrance dans cette grande solitude à deux, car la seconde où la bouée est revenue dans ses pensées, elle est entrée elle même dans une voie de non-retour au bonheur de ce couple naissant.

Et le temps passe et rien n'arrive.

Elle aurait tant voulu faire sa vie avec ton toi imaginé et protéger cette naïveté qu'elle a jadis eu, la protéger de la dureté de la vie d'adulte qu'elle découvre au fil des années maintenant, avec tant de regret et d'impuissance insoupçonnés, la mort dans les tripes et les rêves envolés.

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