Samedi soir, 06 Décembre 2008
Ces temps ci je ressens un besoin puissant d’écrire. Écrire sur tout et sur rien. D’une façon frôlant le cynisme, j’ai envie de détruire tout ce qui m’entoure. Sans méchanceté mais plutôt avec une grande honnêteté. Je n’arrive que rarement à me sentir actrice dans ce que je vis, en fait, je me sens spectatrice. C’est un sentiment qui ma foi, semble me suivre sans se lasser et qui ne semble pas être prêt à partir. Pourtant, je suis loin de me sentir sans émotion. N’est-ce pas contradictoire ? Par évidence de ces quelques mots noir sur blanc, je ramène tout à moi-même. Je ne n’arrive que rarement à sortir de ma propre auto-analyse. Le je, moi. Attends. Je vais plutôt parler de moi à la troisième personne cette fois ci. Comme ça j’aurai peut-être moins l’impression d’être nombriliste. Ça ne peut qu’être positif, non ?
Allons-y.
Cette fille est pleine de charme. Elle a un je ne sais quoi d’hypnotiseur, d’enjôleur. Un regard qui vous poignarde les entrailles. Mais tout ceci lui vient bien évidemment naturellement. Sans même en prendre conscience, sans même le créer volontairement. C’est ce que les hommes croient. D’un grand sens de bonté, pensant au bien être de l’humanité, ayant tant à donner…
Je me transforme en poète ?
Si jeune et si forte mais si vieille et si fatiguée.
Non maintenant je vole des paroles. Cette merveilleuse descendance Wainwright. Ma capacité de traductrice ne peut quand même pas me donner ce droit. Mais est-ce vraiment possible de composer des mots qui n’auront jamais été dit avant nous ? Est-ce possible de créer une émotion différente, un sentiment unique, qui démarquera l’auteur du lot de tous ceux qui ont la plume sincère ? Le mot sincère se veut trop fort ici. La sincérité n’a plus de réelle valeur maintenant. Dans tout. L’écriture serait-elle elle aussi une manipulation par les mots ? Le capitaliste de la littérature ? Une recherche de gloire en se disant unique et différent et ô si profond, si innovateur, si grandiose, si intelligent, si vif d’esprit, si « vrai ». Est-ce vraiment possible de penser que nous pouvons dépasser ces Beauvoir de ce monde ? En fait, non. Cette fille n’espère pas dépasser ces Beauvoir de ce monde. Elle espère je ne sais plus. De se libérer j’imagine. De se laisser aller. De transmettre par la magie des mots et de la langue française ses émotions qu’elle espère, sincères. A-t-elle vraiment envie qu’on l’a lit ? Oui. Non. Ça dépend. Seulement si on lui garantie qu’on aimera. Donc peut-être pas. Est-ce si important ? Car il ne faut pas se leurrer, il faut aussi gagner sa vie. Mais tout ceci lui importe peu présentement, sincèrement. Mais arrivera telle à s’exprimer de cette façon? Vous savez, la façon qu’elle admire, la façon qu’elle a l’impression que tous y arrivent sauf elle. Elle qui n’a à peine osé déposer son crayon sur ces papiers blancs qui trainent partout dans sa vie. Pourtant bon nombre d’idées fourmillent derrière cette tignasse blonde. Oui elle est naturelle. Elle a bien une tignasse. Une tignasse ce n’est pas supposée savoir écrire.
Savoir écrire ! Le commun des mortels fait-il seulement la différence entre écrire et savoir écrire ?
Et cette façon saccadée d’écrire. Qui se veut hum, crue, poignante je crois. Tellement contemporaine et jeune. Mais écoutez, elle n’est pas tellement sincère elle non plus. Comment y arriver ? Comment pourra t-elle y arriver ?
Y aller plutôt avec mon cœur. Comme un journal intime. Je pense que c’est ce que je fais en général. En fait, je ne pense pas j’en suis certaine. Avec ma grande incapacité de me censurer.
Nous sommes par contre dans une ère ou les émotions n’impressionnent plus personne. En fait je dirai plutôt ou les émotions positives n’intéressent plus personne. Ça ne choque pas, c’est trop commun. À la Beigbeder et Nothomb, nous aimons le sarcasme, l’ironie, l’humour noir et la folie. Pourtant des auteurs que j’adore, pourquoi la balance ne pourrait telle pas être renversée ? Je décide aujourd’hui que l’humour sanglant est commun. On vit dans un monde de tromperie, de mensonges et de superficialité. Il est tant que le beau redevienne le rêve. Pas seulement comme morale de fin de livre. Écoute, moi je veux faire une morale méchante de fin de livre. Avec un livre gentil. Ne serait-ce pas plus réel ? Que tout ce qui est bon devient néfaste, et non le contraire ? Moi je trouve que oui, mais je ne veux pas entrer dans ce pattern (Ça y est, j'utilise des anglicismes en québécoise de souche que je suis, mais qui a quand même un nom français. Ça passe mieux. Et c’est plus original. Ça aussi je ne l’ai pas créé) de m'ironiser et d’être dont contemporaine.
PS. Cette nouvelle version de moi qui se crève devant des écrans plasma devra porter des lunettes dans un futur proche. Au moins j’aurai le look sans l’avoir créer par moi même.
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Rupture
Automne 2009
Sans sa famille, elle n’aurait pas été de ce monde. Pourtant elle n’en veut plus. À travers sa famille cette fille a assisté à ses premières images de l’humain, ses premiers mots, ses premiers exemples de comment elle devra vivre, agir, exister. C’est à partir de là qu’elle est devenue celle qu’elle est aujourd’hui. Elle y a tout appris. Mais qu’en est-il du fait qu’elle est née dans une famille dysfonctionnelle ? A-t-elle vraiment eu une chance de devenir une personne stable et saine, alors que ses points de repères ont été pour les seize premières années de sa vie, instables et malsains ?
À quel moment dans sa vie va-t-elle s’être éloignée assez pour s’être libérée complètement de leurs influences ? Ce moment où elle pourra considérer qu’elle a assez appris par tout ce qui ne se rattache pas à la famille et ainsi pouvoir s’en créer une à elle. Le moment pour pouvoir dire qu’elle a fait le deuil de son enfance et ainsi continuer sa propre vie. Continuer en étant la personne qu’elle veut être, qu’elle commence à être et qu’elle a l’impression d’avoir toujours voulu être au plus profond d’elle-même. Cette personne qui a été forgée dans sa tête grâce à la personnalité que la nature lui a donnée. L’intelligence mais surtout la sérénité naturelle qu’elle a depuis son premier jour. Briser le cycle négatif, tout oublier ou plutôt tout mettre de côté et ne pas laisser le passer avoir des répercussions sur sa propre personne, sur ses gestes, ses habitudes, sur ses pensées et surtout, sur ceux qu’elle aime.
Mais ce cheminement, en revient à dire que la plus grosse partie de sa vie n’a servi à rien. Mais effacer cette partie ne serait-ce pas effacer qui elle est ? Est-ce vraiment possible? Peut-elle être exactement comme ceux qui auraient eu un passé différent du sien ? Peut-elle sélectionner ce qu’elle efface et ce qu’elle garde ?
Il est curieux de se demander à quel moment de sa vie elle s’est rendue compte que ce qui faisait partie de son quotidien était pitoyable. Qu’elle pouvait avoir mieux. Pourquoi ce ne sont pas tous les enfants qui font cette réflexion? Pourquoi y en a-t-il qui s’en sortent mieux que les autres ? Est-ce que nos destins sont si prévisibles, dès même nos naissances ?
Elle a eu longtemps une haine incroyable en elle, une rancœur, un manque, un sentiment d’injustice. Maintenant contrôler, c’est mentir de dire que ses sentiments ne peuvent pas refaire surface sans crier gare, par la parole bien choisi d’une de ses deux personnes qui lui ont permises de voir le jour. Il est incroyablement apeurant de se dire que malgré toute la force qu’elle a construite, il y aura toujours quelqu’un qui pourra venir l’écrouler en une fraction de seconde. Est-il juste de considérer alors qu’elle est forte ? Nous croyons que non.
Elle les déteste souvent et aurait voulu qu’ils n’existent jamais. Ils sont méchants, troublés eux même par leurs propre enfance mais surtout, même avec le recul et les pensées que leurs vies auraient pu être autrement, ils ne cherchent pas à s’améliorer, à faire des efforts et à s’affronter pour changer.
Garder un lien est impossible. On peut dire ce qu’on voudra, il est faux d’espérer un lien de respect avec une personne qui t’a détruite pendant des années. De quel droit l’oblige-t-on d’aimer ses personnes ? Est-ce valable de lui demander de sacrifier son propre bonheur pour un prêt-à-penser qui dit que ses parents sont ses parents, peu importe ce qu’ils feront et qu’elle doit les aimer? Un prêt-à-penser qui dit que c’est elle qui est ingrate de ne pas les aimer.
Par contre nous l’avons vu grandir cette fille. Nous l’avons vu faire des choix, avoir mal, apprendre, recommencer, apprendre. Mais nous voyons aussi ce qui a été détruit dans sa vie par ce passé. Nous le voyons refaire surface ici et là et venir ébranler tout ce qu’elle a construit. Par contre ce qu’elle a construit est solide. Il s’ébranle mais il reste. Elle apprend. Nous l’avons vu, alors encore jeune adolescente, saisir sa mince chance et changer tout. À partir de ce moment, elle a eu et a toujours l’impression d’être deux personnes. L’impression d’avoir un jour placé de côté la première personne du début de sa vie pour faire place à la deuxième. Sans la première, la deuxième n’existera jamais. Parfois elle voit celles qui sont toujours restées à la première personne de leur vie. Elle les voit et sait que par ce qu’elle dégage, elles ne savent pas qu’elle l’a déjà été cette première personne et qu’elle les comprend si bien. Mais elle les comprend.
Ces personnes qui osent rayer de leurs vies les personnes qui les influencent négativement et tout recommencer existent. La personnalité naturelle d’indépendance et de curiosité a permise à cette enfant de devenir une personne bien. Mais une fois seule, est-elle réellement mieux ? Devrais-je dire, est-elle bien complètement ? De plus en plus.
La vie continue, elle est ce qu’elle est. Avec son désir de toujours aller plus loin et de continuer à exister. Une partie d’elle est par contre éteinte, fragile. La partie de l’enfant qui espèrera toujours sans réellement espérer, voir le regard d’un parent aimant et fier et qui sait que ce regard ne viendra jamais.
- L’enfant devenu jeune adulte.
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Douleur
Février 2010
Je déteste le fait que le négatif, le mal, la perversion, la déchéance, l’abus, la violence, la trahison, l’hypocrisie, la dépendance, soient si appréciés du lecteur. Mais pourquoi le sont-ils ? Parce qu’ils libèrent. Parce qu’ils nous ramènent à nos tripes, à nos péchés, à nous même, en tant qu’être humain imparfait. Nous avons ce besoin de valider que nous ne sommes pas fous. Que nos vices sont communs avec les vices des autres. Que nos malheurs et blessures ont déjà été vécus par d’autres, et que notre faiblesse et nos fautes sont commises que par ses blessures. Ce sont elles qui nous rendent ainsi, c’est bien évident. Nous ne sommes responsables de rien, ce sont les autres. C’est le passé le responsable. C’est nos blessures les responsables de comment nous menons notre vie aujourd’hui, maintenant. Dans un tout autre espace temps, bien loin de ces blessures. Et c’est ainsi que nous arrivons à les dédramatiser. Nous nous permettons de se créer une bulle de normalité en se comparant aux autres et en mettant la faute sur les autres. Ainsi nous avançons la tête libérée. C’est ce que nous croyons.
Mais tout ceci est faux, notre tête n’est pas libérée. Nous nous créons des carapaces. Nous nourrissons des idées préconçues auxquelles nous croyons dur comme fer pour passer au travers de cette vie de chien. On tente d’oublier la perversion et le mal en diminuant leur impact. En se disant que nous ne sommes pas pires que les autres finalement, dans ce monde de fous.
Mais nous avons tous mal, et ça nous le savons. On ment aux autres que tout va bien, on se ment à nous que tout va bien, mais pourtant, cette douleur, elle reste. Elle y est. On n’arrive pas à faire semblant qu’elle n’y est pas. Nous doublons notre personnalité. La première qui ment aux autres et aussi à soi même, que tout va bien, oui. Et la deuxième qui sait très bien que ça ne va pas, que l’abcès de cette vie de chien n’est pas percé. Que ce qui nous entoure n’est qu’illusion et souffrance. Mais pourtant ce côté qui est là à tous les jours de notre vie, celui qui a le plus d’impact, c’est celui que nous écoutons le moins. Nous nous disons que nous le taisons. Qu’il le faut. Et nous tentons de vivre heureux. Et parfois nous y croyons. Mais il manque quelque chose.
Il manque quelque chose. Le vrai bonheur. Le bonheur complet. Celui qui est honnête, en tout temps. Celui qui a pardonné son passé, celui qui ne déculpabilise pas ses propres gestes. Le bonheur d’avoir le courage d’assurer l’influence du mal sur sa propre vie et donc d’arriver à ne plus se laisser influencer. Arriver à tuer le mal. Arriver à n’avoir aucune mélancolie face à ce monde de fous. Arriver à faire le bien, pour vrai. Pour soi et pour les autres.
Arriver à ne plus en vouloir aux autres qui n’y sont pas arrivés et qui ont tentés de nous entraîner avec eux dans leur gouffre de souffrance. Dans le gouffre de ce monde de fous.
Le bonheur d’être différent, en toute réalité. Avec ses deux personnalités n’en formant qu’une.
Être la même personne, en tout temps, c’est ça le bonheur honnête.
Je voudrais faire différent, je le voudrais tant. Mais je suis comme tout le monde. J’ai souffert, beaucoup et cette souffrance est en moi dans tous les moments de ma vie. Certes que j’ai atteint un certain bonheur, que j’aspire à de magnifiques buts, oui. Mais le passé reste, plane, il est toujours là, en ombrage, tout près.
Mais ne suis-je pas sur la voie de ce bonheur ? Oui. Mais ne suis-je pas parfois exigeante et négative avec ceux que j’aime ? Ceux qui n’utilisent pas deux personnalités avec moi, malgré les souffrances qu’ils ont eu ? Ceux qui ont compris le cercle vicieux de ce monde de fous et qui luttent pour ne pas s’y laisser glisser ? Oui, je leur fais du mal. Même si je les aime. Parce que c’est plus fort que moi. Le mal me pourri.
Même en ayant cette conscience de ce monde infernal, je pourri. Je continue le cycle. Je me mentais en me disant que j’étais au dessus de tout. Que j’avais réussi. Que j’avais atteint le bonheur d’être différente en toute réalité. Non. J’ai atteint un bonheur merveilleux mais le passé plane, il plane plane plane.
Comment le faire partir me dis-je ? En le criant haut et fort ? Non, parce que comme ça tu passes pour une plaintive, quelqu’un qui tente d’attirer l’attention par ses malheurs, quelqu’un qui manque de censure. Mais c’est ce que je suis, je manque de censure. Je ne tente pas d’attirer l’attention par mes malheurs sans m’en rendre compte. Je m’en rends compte. Sauf que je ne le fais pas pour attirer l’attention car ça je m’en fou. Je ne fais que tenter d’affronter le monde, tenter de m’affronter, et survivre. Survivre pour arriver à vivre.
Ce passé je ne tente plus de l’effacer. Je l’ai accepté dans toute sa laideur. Mais je n’accepte pas la fragilité qu’il a créé en moi. Et surtout, je n’accepte pas que malgré mes qualités les plus grandes, je peux devenir pleine de haine et de méchanceté, en claquant des doigts.
Pouf. Je te parle méchant, parce que j’ai peur d’avoir mal. Pouf. Je te manque de respect alors que tu es celui que j’aime le plus au monde. Je te fais ce qu’on m’a fait.
Parce que le bonheur m’est inconnu. Parce que je panique devant le bonheur. Je ne le crois pas. Je me dis qu’il n’est pas pour moi ce bonheur, que ce n’est pas normal. Je ne sais pas comment réagir face à toi, bonheur. Car on ne m’a jamais habitué à ta présence. Alors qu’est-ce que je fais ? Eh bien, je te repousse. Je fais tout pour que ceux qui m’offrent ce bonheur le cœur sur la main en viennent à me détester autant que j’ai détesté mes tyrans. Et pourtant, je ne veux pas qu’ils me détestent, car je les aime tant. Mais je le fais, je suis mesquine, et ils perdent confiance tranquillement. Ils ont peur de moi, et de ma rigidité, de mon exigence.
Mais derrière rigidité se cache fragilité. Derrière exigence se cache vulnérabilité.
Et moi qui croyais que j’étais au dessus de tout. Moi qui croyais qu’en comprenant ce monde de fous, que je le dominais. Que j’étais la meilleure. Et moi qui croyait qu’en comprenant mon passé et son impact sur mes propres gestes, que je pourrai le tasser complètement et voir ces gestes de mes rêves, gestes pleins de bonté et de bonheur, devenir mes gestes. Sans influence du mal et de tout le reste. Non.
Ces gestes sans influences du mal et pleins de bonté existent, oui. Dans ma première personnalité. Dans celle qui fait semblant être heureuse et qui croit en fait être heureuse. Dans celle qui croit ne plus avoir de ses gestes mauvais. Mais dans la deuxième, ils y sont encore ses gestes influencés par le passé. Ce passé, c’est moi. Je suis faite par ce passé. Par tous les désirs de vouloir être celle à laquelle j’aspire, je ne reste que dans la première personnalité d’illusion. Ça n’arrivera jamais. Car nous le savons tous, c’est la deuxième personnalité qui domine, et qui dominera toujours. Car nous sommes faibles, nous sommes dans un monde de fous.
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Café, amour et haine
Mardi, 17 Février 2010, 03h50 du matin
Y a-t-il vraiment une bonne façon de vivre une rupture avec quelqu’un ? Ou plutôt y a-t’il une bonne façon de briser le cœur d’une autre personne, lui enlever l’espoir qu’il avait nourrit en toi pour lui procurer cet amour unique et sincère ? Comment enlever cela à quelqu’un alors que ta raison même de le faire est pour te permettre à toi de l’obtenir ? Pourquoi ne pas l’avoir eu avec cette personne alors, cette sensation d’extase et d’amour à tout casser.
Parce que l’amour est ainsi. Une quête, ou certains sont des perdants et l’autre, le gagnant.
Aujourd’hui j’ai trouvé extrêmement difficile de voir, à tout hasard, Monsieur Y dans ce café où je vais me détendre quotidiennement. Sa douleur était palpable et je ne veux pas ça. Je ne veux pas qu’un être humain qui a déjà trop souffert dans sa vie se sente ainsi en me voyant. Mais la réalité en est ainsi. Un jeune homme est désabusé de la vie et se sent misérable quand il me voit, à tout hasard, dans ce café où je vais me détendre quotidiennement.
Et pourtant, j’ai déjà été cette personne. J’ai déjà senti tout disparaitre en la présence d’un être exceptionnel, magnifique, qui a empli mon cœur et surtout mes pensées de projections amoureuses parfaites, et pourtant. Malgré les ressemblances, malgré le pétillement réciproque, j’ai été mise de côté, oubliée, disparue, dans le déclic froid d’un malheureux téléphone. J’ai été atterrée, vulnérable, mais je m’en suis remis, je crois. On s’en remet tous par petit bout, sûrement jamais complètement, mais mieux armé pour le prochain, ou plus désabusé, pour certains, pour lui.
Quand j’y repense, c’est évidemment parce qu’il y a mieux ailleurs, oui. C’est pour cette raison que tout ceci en vaut la peine, pour l’espoir de voir ses rêves comblés autrement, pour le courage de croire en mieux, croire en soi. Prendre le risque. Et on fini par y gagner. Quand on y croit.
Mais pourquoi quand je pense à Monsieur Y, j’ai cette âcre impression qu’il n’y a pas mieux ailleurs, pas pour lui non. Ce n'est pas que j'ai un manque d'humilité, non, c'est bien au delà de moi et de ma petite personne. J'ai plutôt que j’ai cette impression de fatalité pour lui. Qu’il ne le trouvera pas son bonheur. Qu’il a déjà commencé à lâcher prise, qu’il lâche prise depuis toujours en fait, et il se détériore, tranquillement, mais sûrement, très sûrement.
Je le refuse, je refuse d'accepter une telle réalité pour quelqu’un qui n’a pas su gagné mon cœur mais qui a gagné mon respect simplement par le geste audacieux de s’ouvrir et de se placer vulnérable face à une inconnue dans ce monde si froid, alors qu’il pensait ne plus croire en l’amour, alors qu’il lâchait déjà sa prise. Je voudrais tant lui dire Stop, cesse de t’apitoyer, cesse de vivre chez tes parents, cesse de nourrir des rêves illusionnés d’artistes dont tu ne gagneras jamais ta vie. Mais vit. Découvre toi, soi honnête avec toi-même, souris, fais toi confiance, cesse de te rabaisser constamment pour manipuler les gens sans vouloir les manipuler, parce que oui, ta simple peur de vivre te fait manipuler les gens qui sont près de toi, par simple conviction que tu vaux tellement rien que tu dois te rabaisser pour que les gens te remontent. Faire pitié, ça attire l’attention oui. Une attention de pitié.
Parce que cher jeune trentenaire dépressif, comprend que les femmes n’aiment pas remonter les hommes. Les vraies femmes, celles qui ne veulent pas profiter de toi, celles qui ressentent le vrai, celles qui veulent l’amour véritable comme ton cœur le désire, elles ne veulent pas te remonter. Elles te veulent monter par tes propres mains. Elles veulent voir celui qui se cache derrière ses idées dépressives que tu nourris mais qui ne sont pas toi. Parce que tu existes, il existe ce personnage que Charlotte pourrait voir en ton Charlot. N’est-ce pas là toute l’ironie de ta vie.
On le sait que tu vaux mieux que tout ça, on sait qui se cache derrière ta façade d’incompris et de malheureux. Mais tu sais quoi ? Toi tu ne le sais plus.
Non, et tu ne le sauras probablement jamais car le cercle vicieux de mal être et de mal de vivre de notre merveilleuse société perfectionniste de façade et d’illusion gagne sur toi. Tu es trop faible, et tu as mal, et tu fais mal aux autres car sans le vouloir, on te fait mal. Et il n’y a rien de pire.
Il n'y a rien de pire car peu importe la merveilleuse parole qui pourrait t'être envoyée pour tenter de te redonner le sourire, elle ne fonctionnera pas cette parole. Par maladresse, par tristesse devant la tristesse, les elles te donnent continuellement une impression de trahison alors qu’en fait c’est le geste le plus honnête de leurs vies. De ma vie.
Un geste de moi à moi qui te restera toujours mal interprété, car tu es habitué au fait que c’est bien plus facile de mentir que de dire la vérité. C’est plus facile de se blesser à soi en s’oubliant que de faire du mal aux autres ouvertement, par la simple honnêteté d’aspirer au bonheur.
Mais je l’ai choisis cette voie d'honnêteté envers moi même, et pourtant, aujourd'hui, dans ce café où je vais me détendre quotidiennement, face à la solitude de tes vides yeux bleus, je ne l'assumais plus complètement.
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