C'est étrange, cette relation que je nous fais vivre dans mes pensées. Je me suis toujours sentie proche de toi, sans te connaître réellement. On peut dire que c'est ce qu'on appelle une bonne auteur, celle qui réussie à émouvoir son public à ce point. Pourtant, l'évocation de ton nom, Nelly Arcan, me fait vivre des émotions difficiles, émotions qui sont au delà de l'admiration d'une auteure.
Je me sens connectée à toi, par la compréhension que je me fais de tes textes, de ton mal de vivre. Je me les associe, ils me réconfortent d'une certaine façon. Pas ton malheur, mais la vérité de ton malheur. Cette force que tu as, de voir la déchéance de l'Homme et la Femme tels qu'ils sont dans leur animosité. Cette force qui a aussi été ta plus grande faiblesse.
Ta vérité m'a saisi, me saisi encore et toujours et je te remercie pour cette franchise que tu as eu face à la vie. Ton absence est un drame épouvantable pour notre littérature, pour notre société, pour notre humanité. Mais je la comprend ton absence, ces pensées noires lorsqu'elles sont présentes, elles sont présentes. Elles se cachent, se maitrisent, j'imagine, mais ne partent jamais, je le sais. Cette étincelle de volonté de vivre, tu me l'as donne par la douleur de ton départ et la cruauté véridique de tes écrits.
Il est plus bien facile de vivre heureux dans l'ignorance qu'heureux dans la connaissance et la compréhension du monde. Mais la parcelle de bonheur vécue dans la compréhension n'égale en rien à cet autre bonheur dit commun, populaire.
Ce besoin criant de vérité dure, de monde manipulé par l'Homme, vers le sexe de l'Homme, d'éternel enfant déchiré, tu l'as transmis par putain, et peu le savent, mais tu as également collaborée avec Manon Oligny sur cette danse contemporaine traitant de l'identité féminine, L'Écurie.
À l'époque, je ne te connaissais pas de la même façon qu'aujourd'hui, je ne me connaissais pas de la même façon et, malheureusement, je n'ai pu te voir laisser aller ta griffe spontanément sous l'inspiration de ces corps, de ces trois femmes enfermées, se démenant comme elles le peuvent. Lorsque j'ai lu dans la Presse il y a quelques semaine le témoignage émouvant de cette Manon qui fait de la danse, qui a hésité avant de faire cette suite, car cette suite est sans toi, j'ai su que je ne pouvais passer à côté de cette occasion de te rendre silencieusement un dernier hommage du fond de mon siège d'inconnue face à ces danseuses avec qui jadis tu as travaillée et ainsi avoir l'impression de me rapprochée de ton œuvre, la sentir devant moi. Cette énergie qu'on te connait si bien face à la femme a été dangereusement bien livrée dans cet Icônes, À VENDRE.
La danse contemporaine à cette façon si crue de démontrer les choses, le corps dans toute sa nudité. Les gestes dans leur vulgarité qui deviennent la vérité. Il s'agit toujours d'une expérience difficile pour moi. C'est si cru. Je vis ces spectacles de la même façon que je lis. En toute sincérité devant mes yeux et l'imagination qui prend réellement forme, là sur scène, J'ai pu te saisir sous un angle différent.
Ce spectacle m'a chaviré, je voyais ton œuvre, ta pensée, dans les moindre soupirs. Dans le silence de la danse, j'ai suivi l'échelle d'émotions de ces trois femmes, pour bien sentir cette note finale d'espoir, note d'espoir qui malgré tout, était dotée d'un manque, d'une tristesse profonde, car elle n'étais pas enrobée par ta magnifique écriture spontanée cette fois-ci.
Est-ce que tu te serais sentie concerner par cette lueur positive sur la possibilité de la femme à s'en sortir, malgré tout ?